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Parce que nous vous tenons, ma fille, et que la raison du plus fort est toujours la meilleure. En vérité, poursuivit rapidement Cœur-de-Fer, n'est-ce pas une extravagance atroce que d'attacher, comme vous le faites, autant de prix à la plus futile des choses ? Comment une fille peut-elle être assez simple, pour croire que la vertu doive dépendre d'un peu plus ou d'un peu moins de largeur dans une des parties de son corps ? et qu'importe aux hommes et à Dieu que cette partie soit intacte ou flétrie ? Je dis plus ; c'est que l'intention de la nature étant que chaque individu remplisse ici-bas toutes les vues pour lesquelles il a été formé, et les femmes n'existant que pour servir de jouissances aux hommes, c'est visiblement l'outrager, que de résister ainsi à l'intention qu'elle a sur vous ; c'est vouloir être une créature inutile au monde, et par conséquent méprisable. Cette sagesse chimérique dont on a eu l'absurdité de vous faire une vertu dès l'enfance, et qui, bien loin d'être utile à la nature et à la société, outrage visiblement l'une et l'autre, n'est donc plus qu'un entêtement ridicule et véritablement répréhensible, dont une personne d'esprit comme vous ne devrait pas vouloir être coupable. N'importe, continuez de m'entendre, chère fille ; je vais vous prouver le désir que j'ai de vous plaire et de respecter votre faiblesse. Je ne toucherai point, Justine, à ce fantôme dont la possession fait tous vos délices. Une jolie fille comme vous a plus d'une faveur à donner ; et Vénus avec elle est fêtée dans bien plus d'un temple : je me contenterai du plus étroit. Vous le savez, ma chère, près du labyrinthe de Cypris, il est un antre obscur où vont se cacher les amours, pour nous séduire avec plus d'énergie : tel sera l'autel où je brûlerai l'encens. Là, pas le moindre inconvénient. Si les grossesses vous effraient, elles ne sauraient avoir lieu de cette manière ; votre jolie taille ne se déformera point ; ces prémices qui vous sont si douces, seront conservées sans atteinte ; et, quel que soit l'usage que vous en vouliez faire, vous pourrez les offrir pures. Rien ne peut trahir une fille de ce côté ; quelques rudes et multipliées que soient les attaques, dès que l'abeille a pompé le suc, le calice de la rose se referme au point de faire croire qu'il ne dût jamais s'entrouvrir. Il y a tout plein de filles qui ont joui dix ans de cette façon, et même avec plusieurs hommes, et qui ne se sont pas moins mariées comme toutes neuves après. Que de pères, que de frères ont ainsi abusé de leurs filles, de leurs sœurs, sans que celle-ci en soit devenue moins digne de sacrifier ainsi à l'hymen ! A combien de confesseurs cette même route n'a-t-elle pas servi, sans que les parents s'en doutassent ? C'est, en un mot, l'asile du mystère ; c'est là qu'il s'enchaîne aux amours par les liens de la sagesse. Faut-il vous dire plus, Justine ? si ce temple est le plus secret, il est en même temps le plus délicieux. On ne trouve que là ce qu'il faut au bonheur ; et cette vaste aisance du voisin est bien éloignée de valoir les attraits piquants d'un local où l'on ne pénètre qu'avec effort, où l'on n'est logé qu'avec peine, où l'on ne jouit qu'avec délices. Les femmes mêmes y gagnent ; et celles que la raison contraignit à ne frayer que cette route ne regrettèrent jamais l'autre. Essayez, Justine, essayez : livrez-moi votre divin petit cul, et nous serons tous deux contents.
    - Monsieur, répondit Justine, en se soustrayant de son mieux aux entreprises de ce libertin, d'autant plus dangereux qu'il réunissait l'esprit et la séduction à beaucoup de forces matérielles et à des mœurs très corrompues, oh ! monsieur, je n'ai nulle expérience des horreurs dont vous m'entretenez ; mais j'ai pourtant ouï dire que ce délit, que vous préconisez, outrage à la fois les femmes et la nature. La main du ciel le punit dans ce monde ; et les cinq villes de Sodome, Gomorrhe, etc., que Dieu fit périr dans les flammes, sont un exemple frappant du degré d'horreur que l'Éternel conçoit de cette action. La justice humaine a imité, autant qu'elle a pu, la punition de l'Être éternel ; et des bûchers consument des malheureux que ce vice entraîne.
    - Quelle innocence ! quel enfantillage ! reprit Cœur-de-Fer. Ô Justine, qui put vous inculquer de si sots préjugés ? Encore un peu d'attention, ma chère, et je vais rectifier vos idées.
    La perte de la semence destinée à propager l'espèce humaine, chère fille, est le seul crime qui puisse exister dans ce cas. Si cette semence est mise en nous aux seules fins de la propagation, je vous l'accorde, l'en détourner est alors une offense ; mais s'il est démontré qu'en plaçant cette semence dans nos reins, il s'en faille de beaucoup que la nature ait eu pour but de l'employer toute à la propagation, qu'importe, Justine, que, dans cette hypothèse, elle se perde dans le con, dans le cul, dans la bouche ou dans la main ? L'homme qui la détourne ne fait pas plus de mal que la nature qui ne l'emploie pas. Or, ces pertes de la nature, qu'il ne tient qu'à nous d'imiter, n'ont-elles pas lieu dans tout plein de circonstances ! La possibilité de les faire d'abord est une première preuve que ces distractions ne l'offensent point : il serait absolument contraire à ses lois et à sa sagesse de permettre ce qui l'offenserait. Une telle inconséquence nuirait à sa marche uniforme, troublerait ses plans, prouverait sa faiblesse et légitimerait nos offenses. Secondement, ces pertes sont cent et cent millions de fois par jour exécutées par elles-mêmes. Les pollutions nocturnes, l'inutilité de la semence quand la femme est grosse, son danger quand elle a ses règles, tout cela ne prouve-t-il pas que la nature approuve ces pertes, ou les autorise ; et que, fort peu sensible à ce qui peut résulter de l'écoulement de cette liqueur à laquelle nous avons la folie d'attacher tant de prix, elle nous en permet la perte avec la même indifférence qu'elle y procède chaque jour... qu'elle tolère la propagation, mais qu'il s'en faut bien qu'elle soit dans ses vues ; qu'elle veut bien que nous multipliions, mais que, ne gagnant pas plus à l'un de ces actes qu'à celui qui s'y oppose, le choix que nous pouvons faire lui est égal ; que nous laissant les maîtres de créer, de ne point créer ou de détruire, nous ne la contenterons, ni ne l'offenserons pas davantage, en prenant dans l'un ou l'autre de ces partis celui qui nous conviendra le mieux ; et que celui que nous choisirons, n'étant que le résultat de sa puissance ou de son action sur nous, il lui plaira toujours, et ne l'offensera jamais. Ah ! crois-le, ma chère Justine, la nature s'inquiète bien peu de ces minuties, dont nous avons l'extravagance de lui composer un culte ; et, se jouant de nos petites lois, de nos petites combinaisons, elle marche d'un pas rapide à son but, en prouvant chaque jour à ceux qui l'étudient qu'elle ne crée que pour détruire, et que la destruction, la première de toutes ses lois, puisqu'elle ne parviendrait à aucune création sans elle, lui plaît bien plus que la propagation, qu'une secte de philosophes grecs appelaient avec beaucoup de raison le résultat des meurtres. Sois donc bien persuadée, mon enfant, que, quel que soit le temple où l'on sacrifie, dès que la nature permet que l'encens s'y brûle, c'est que l'hommage ne l'offense pas ; que le refus de produire, les pertes de la semence qui sert à la production, l'extinction de cette sentence quand elle a germé, l'anéantissement de ce germe longtemps même après sa formation, la destruction de ce germe parvenu à sa plus extrême maturité, celle de tous les hommes, en un mot, oui, Justine, sois-en bien convaincue, tout cela sont des crimes imaginaires qui n'intéressent en rien la nature, et dont elle se joue, comme de nos autres institutions qui l'outragent au lieu de la servir. Tu me parles maintenant d'un Dieu qui punit autrefois ces voluptueuses erreurs sur de misérables bourgades d'Arabie que jamais aucun géographe ne connut. Ici d'abord, il faudrait commencer par adopter l'existence d'un Dieu, et c'est ce dont je suis bien loin, ma chère ; admettre ensuite que ce Dieu, que vous supposeriez le maître et le créateur de l'univers, ait pu s'abaisser au point d'aller vérifier si c'est dans un con ou dans un cul que les hommes introduisent leurs vits ; quelle petitesse ! quelle extravagance ! Eh ! non, Justine, il n'y a point de Dieu. Ce fut au sein de l'ignorance, des alarmes et des malheurs, que les mortels puisèrent leurs sombres et dégoûtantes notions sur la divinité. Que l'on examine toutes les religions, et l'on verra que les idées de ces agents puissants et imaginaires furent toujours associées à celles de la terreur. Nous tremblons aujourd'hui, parce que nos aïeux frémirent il y a plusieurs siècles. Si nous remontions à la source de nos craintes actuelles et des pensées lugubres qui s'élèvent dans notre esprit toutes les fois que nous entendons prononcer le nom de Dieu, nous les trouverions dans les déluges, les révolutions et les désastres qui ont détruit une partie du genre humain, et consterné les malheureux échappés au bouleversement de la terre. Si le Dieu des nations fût enfanté dans le sein des alarmes, ce fut encore dans celui de la douleur que chaque homme façonna la puissance inconnue qu'il se fit pour lui-même ; ce fut donc toujours dans l'atelier de la frayeur et de la tristesse, que l'homme malheureux créa le ridicule fantôme dont il fit son Dieu. Et qu'avons-nous besoin de ce moteur, quand l'étude réfléchie de la nature nous prouve que le mouvement perpétuel est la première de ses lois ? Si tout se meut par soi-même, de toute éternité, le souverain moteur que vous supposez n'a donc agi qu'un jour : or, quel culte légitime pourriez-vous rendre à un Dieu démontré inutile aujourd'hui ? Mais revenons, ô Justine ! cessez de croire que ce fut la main de ce vain fantôme qui détruisit les bourgades arabes dont vous me parlez. Situées sur un volcan, elles furent englouties, comme le furent depuis les villes voisines du Vésuve et de l'Etna, par un de ces phénomènes de la nature, dont les causes sont purement physiques, et qui ne concluent ni pour ni contre la conduite des hommes domiciliés dans ces villes dangereuses. La justice humaine a voulu, dites-vous, imiter celle de Dieu, mais je viens de vous démontrer d'abord que ce ne fut pas une justice de Dieu, mais un phénomène... un accident de la nature qui détruisit ces villes ; et, redevenant jurisconsulte après avoir été philosophe, je vous dirai, Justine, que cette loi qui condamnait autrefois au feu les gens entichés de ce goût, est une vieille ordonnance de saint Louis, lancée contre l'hérésie des Bulgares1 qui se livraient à cette passion. L'hérésie éteinte, par une impardonnable erreur on continua de poursuivre la morale de ce peuple, et de le punir du même supplice dirigé jadis contre l'opinion ; mais, bien revenu de cette extravagance, on se contente aujourd'hui d'une punition passagère ; et quand l'homme sera parvenu à ce degré de philosophie où notre siècle l'élève tous les jours, on retranchera même cette inutile correction, et l'on sentira que, nullement maîtres de nos goûts, nous ne sommes pas plus coupables en nous y livrant, quelque dépravés qu'ils puissent être, que nous ne le sommes d'être nés bancals ou bien faits.
    Cœur-de-Fer s'échauffait en exposant ces sages maximes. Couché à terre le long des reins de Justine, et précisément dans la position où il la désirait pour en jouir d'après ses goûts, il relevait insensiblement les jupes de notre héroïne, qui, moitié crainte, moitié séduction, n'osait encore opposer de défense. Le coquin ne se vit pas plus tôt maître de la place qu'il donna sur-le-champ l'essor au dard enflammé qui n'attendait que la vue de la brèche pour s'y engloutir. De sa main droite, le paillard dirigeait l'instrument, tandis que de la gauche il contenait et rapprochait fortement de lui la croupe de Justine, qui, presque séduite, se contentait, en cédant un peu, de sauver ce qui lui paraissait le plus essentiel, sans réfléchir aux périls qui l'environnaient, en permettant à un taureau de s'introduire dans la partie la plus étroite de son corps.
    - Oh foutre ! s'écria alors celui-ci, je la tiens ; et, d'une vigoureuse secousse, il effleure si cruellement le délicat petit trou qu'il veut perforer, que Justine, effrayée, pousse un cri, se relève et va se précipiter dans le groupe de la Dubois.
    - Qu'est-ceci ? s'écria la putain, qui venait de s'endormir, épuisée des sacrifices que trois hommes venaient de multiplier sur ses autels.






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