Il fit mettre la fille toute nue, défit sa coiffure, et laissa pendre ses cheveux, qu'elle avait superbes. Ensuite, il l'étendit sur le matelas, au milieu des cierges, lui enjoignit de contrefaire la morte, et surtout de prendre sur elle, pendant toute la scène, de ne bouger ni de ne respirer que le moins qu'elle pourrait. "Car, si malheureusement mon maître, qui va se figurer que vous êtes réellement morte, s'aperçoit de la feinte, il sortira furieux, et vous ne serez sûrement pas payée." Dès qu'il eut placé la demoiselle sur le matelas, dans l'attitude d'un cadavre, il fit prendre à sa bouche et à ses yeux les impressions de la douleur, laissa flotter les cheveux sur le sein nu, plaça près d'elle un poignard, et lui barbouilla, du côté du coeur, une plaie large comme la main avec du sang de poulet. "Surtout n'ayez aucune crainte, dit-il encore à la jeune fille, vous n'avez rien à dire, rien à faire: il ne s'agit que d'être immobile et de ne prendre votre haleine que dans les moments où vous le verrez moins près de vous. Retirons-nous, maintenant, me dit le valet. Venez, madame; afin que vous ne soyez pas inquiète de votre demoiselle, je vais vous placer dans un endroit d'où vous pourrez entendre et observer toute la scène." Nous sortons, laissant la fille d'abord très émue, mais néanmoins un peu plus rassurée par les propos du valet de chambre. Il me mène dans un cabinet voisin de l'appartement où le mystère allait se célébrer, et, au travers d'une cloison mal jointe, sur laquelle la tenture noire était appliquée, je pus tout entendre. Observer me devenait encore plus aisé, car cette tenture n'était que de crêpe: je distinguais tous les objets au travers, comme si j'eusse été dans l'appartement même. Le valet tira le cordon d'une sonnette; c'était le signal, et, quelques minutes après, nous vîmes entrer un grand homme sec et maigre, d'environ soixante ans. Il était entièrement nu sous une robe de chambre flottante de taffetas des Indes. Il s'arrêta dès en entrant; il est bon de vous dire ici que nos observations étaient une surprise, car le duc, qui se croyait absolument seul, était très éloigné de croire qu'on le regardât. "Ah! le beau cadavre! s'écria-t-il aussitôt... la belle morte!... Oh! mon Dieu! dit-il en voyant le sang et le poignard, ça vient d'être assassiné dans l'instant... Ah! sacredieu, comme celui qui a fait ce coup-là doit bander!" Et se branlant: "Comme j'aurais voulu lui voir donner le coup!" Et lui maniant le ventre: "Etait-elle grosse?... Non, malheureusement." Et continuant de manier: "Les belles chairs! elles sont encore chaudes... le beau sein!" Et alors il se courba sur elle, et lui baisa la bouche avec une fureur incroyable: "Elle bave encore, dit-il... que j'aime cette salive!" Et, une seconde fois, il lui renfonça sa langue jusque dans le gosier. Il était impossible de mieux jouer son rôle que ne le faisait cette fille; elle ne bougea pas plus qu'une souche, et tant que le duc l'approcha, elle ne souffla nullement. Enfin il la saisit, et la retournant sur le ventre: "Il faut que j'observe ce beau cul", dit-il. Et dès qu'il l'eut vu: "Ah! sacredieu, les belles fesses!" Et alors il les baisa, les entrouvrit, et nous le vîmes distinctement placer sa langue au trou mignon. "Voilà, sur ma parole, s'écria-t-il tout enthousiasmé, un des plus superbes cadavres que j'aie vus de ma vie! Ah! combien est heureux celui qui a privé cette belle fille du jour, et que de plaisir il a dû avoir!" Cette idée le fit décharger; il était couché près d'elle, la serrait, ses cuisses collées contre les fesses, et lui déchargea sur le trou du cul avec des marques de plaisir incroyables, et criant comme un diable en perdant son sperme: "Ah! foutre, foutre! comme je voudrais l'avoir tuée!" Telle fut la fin de l'opération. Le libertin se releva et disparut. Il était temps que nous vinssions relever notre moribonde: elle n'en pouvait plus; la contrainte, l'effroi, tout avait absorbé ses sens, et elle était prête à jouer d'après nature le personnage qu'elle venait de si bien contrefaire. Nous partîmes avec quatre louis que nous remit le valet, qui, comme vous imaginez bien, nous volait au moins la moitié."
"Vive Dieu! s'écria Curval, voilà une passion! Il y a du sel, du piquant, au moins, là-dedans. -Je bande comme un âne, dit le duc; je parie que ce personnage-là ne s'en tint pas là. -Soyez-en sûr, monsieur le duc, dit Martaine, il y veut quelquefois plus de réalité. C'est de quoi Mme Desgranges et moi aurons l'occasion de vous convaincre. -Et que diable fais-tu en attendant? dit Curval au duc. -Laisse-moi, laisse-moi! dit le duc, je fous ma fille, et je la crois morte. -Ah! scélérat, dit Curval, voilà donc deux crimes dans ta tête. -Ah! foutre! dit le duc, je voudrais bien qu'ils fussent plus réels! Et son sperme impur s'échappa dans le vagin de Julie. "Allons, poursuis, Duclos, dit-il aussitôt qu'il eut fait, poursuis, ma chère amie, et ne laisse pas décharger le président, car je l'entends incester sa fille: le petit drôle se met de mauvaises idées dans la tête; ses parents me l'ont confié, je dois avoir l'oeil sur sa conduite, et je ne veux pas qu'il se pervertisse. -Ah! il n'est plus temps, dit Curval, il n'est plus temps, je décharge! Ah! double Dieu, la belle morte!" Et le scélérat, en enconnant Adélaïde, se figurait comme le duc qu'il foutait sa fille assassinée: incroyable égarement de l'esprit du libertin, qui ne peut rien entendre, rien voir, qu'il ne veuille à l'instant l'imiter! "Duclos, continue, dit l'évêque, car l'exemple de ces coquins-là me séduirait, et dans l'état où je suis je ferais peut-être pis qu'eux."
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